Ce qui nous lie

Photo Benjamin Deyoung on Unsplash

Les premiers mois de 2020 auront été placés sous le signe des gestes barrières et de la distanciation sociale. Des consignes essentielles visant à nous protéger mais dont la froide terminologie n'a pas été sans conséquence sur nos comportements. Le terme de distanciation physique est aujourd'hui préféré et ce changement dépasse la simple anecdote sémantique. Car si la distanciation physique est de nature spatiale et mathématique, la distanciation sociale a des implications affectives et émotionnelles qui se sont révélées à la fois inadaptées à la réalité et potentiellement anxiogènes. Une angoisse renforcée par la projection brutale dans une situation inédite, avec le présent pour seul horizon et son lot de questionnements sans réponses. Seule certitude, il fallait combattre ce virus coûte que coûte et ainsi, excepté les personnes travaillant dans les secteurs dits essentiels, vivre en circuit quasi fermé. Or l’humain est un animal social qui, sauf à être un ermite, a besoin d’appartenir à une communauté d’individus pour exister.

Si loin, si proches
Pendant le confinement, l’absence de contacts physique a d’ailleurs rendu encore plus vital le renforcement des liens, qu’ils soient amoureux, familiaux, amicaux et même professionnels.
Marquant un recentrage vers l’essentiel, les signes d’affection, d’amour et de solidarité ont trouvé de nouvelles expressions.
Ainsi cette infirmière enlaçant une vieille femme avec tendresse, tentant d'effacer la tristesse de ses yeux et de lui faire oublier ses longues journées sans visites.
Ainsi ce restaurateur qui, chaque matin, a préparé et livré le petit-déjeuner aux soignants de sa ville, mais aussi ces jeunes de banlieue, un autre visage du 93, apportant des repas aux personnes isolées de leur quartier.
Ainsi ce saxophoniste dont les notes de musiques ont enchanté la rue de son balcon et ces comédiens devenus messagers pour les habitants de leur résidence.
La liste infinie de ces initiatives individuelles et collectives a démontré la créativité sans limite dont nous étions capables pour maintenir des liens aussi précieux qu’indispensables.
Quant aux réseaux sociaux, ils n’ont jamais si bien porté leur nom et les interactions numériques ont temporairement remplacé les relations en face à face : physiquement séparés, mais virtuellement ensemble.
Des applications déjà présentes dans notre environnement comme Tik Tok, Whatsapp ou Zoom pour n'en citer que quelques uns, ont connu une explosion de leur utilisation. Fin mars, le cabinet Kantar relevait déjà une augmentation mondiale de 61% de la présence sur les plateformes communautaires.

Ensemble, c’est tout
Si elles nous ont sauvés de l’isolement, ces technologies ont-elles pour autant pleinement satisfait ce besoin viscéral que nous avons d’être connectés aux autres ?
De récentes études confirment que la vie à travers les écrans ne suffit pas, ce qui est somme toute rassurant.
A la question « Quelle est la première chose que les français avaient envie de faire après le confinement ? » : 49% ont répondu : sortir afin de voir leurs proches (1).
Même les jeunes, auxquels il est souvent reproché de vivre dans une bulle relationnelle numérique, ont pour la plupart souffert de ne pas voir leurs ami.e.s « in real life ». Passés les premiers temps d’euphorie de ne plus y aller, l’école a fini par leur manquer. Pas tant le lieu d’apprentissage scolaire que le lieu de rencontres et de vie. Certes, des adolescents plus solitaires ont pu apprécier de rester chez eux, dans un cocon rassurant, loin de toute contrainte sociale, mais le contact avec le monde extérieur a été maintenu d’une manière ou d’une autre.
Du côté des seniors, 43% d’entre eux affirment avoir eu des contacts quotidiens avec leur famille, contre 33% habituellement (2). En revanche, malgré le dévouement du personnel, les résidents en Ehpad ont vécu cette période de stricte distanciation physique comme une véritable mort sociale. Alors que ces établissements ouvrent de nouveau leurs portes, les familles craignent pour la santé mentale de leurs ainés après des mois de solitude et de perte de repères.
Et ils ne sont pas les seuls à s’interroger.
Si le civisme consiste désormais à rester physiquement à distance d’autrui, quelle vie sociale nous attend ? Comment communiquer sans se voir complètement, sans se faire la bise ni se serrer la main (pour le bonheur de certains...) ? Faudra-t-il inventer de nouveaux codes ? 
Parler plus fort mais pas trop, sourire avec les yeux, exprimer nos émotions malgré nos visages cachés. Nos échanges du quotidien sont déstabilisés par l’omniprésence des masques, comme si nous ne disposions pas du mode d’emploi. Ce masque protecteur qui nous encombre et nous entrave. Il nous faudra également nous débarrasser de cette inquiétude permanente qui nous accompagne depuis des mois. La crainte d’être contaminé ou de contaminer. La peur de la maladie, la peur de l’autre. Ne pas céder à la tentation de l’hygiénisme. Rester prudent tout en réinvestissant les différentes composantes du champ social.

Pourrons-nous, tout en ayant une attitude responsable, retrouver un jour une forme de sérénité et d’insouciance relationnelle ? Connaître à nouveau cette « insoutenable légèreté de l’être ».

Véronique Fima
Réflexion Durable

(1) Étude TLC Marketing, avril 2020 
(2) Etude CSA pour l’association « Les petits frères des pauvres »

Commentaires

  1. Merci Véronique pour cet article, je me pose aussi cette même question qui conclue ton article et je reste optimiste!

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  2. Nous avons vécu et vivons encore une situation absolument inédite et angoissante. Je constate autour de moi que beaucoup de personnes semblent ne pas avoir conscience de la présence du virus et entendent profiter pleinement du déconfinement. C'est une attitude compréhensible ," humaine" mais inquiétante.
    Comme tu l'as dit , tout le monde ne sortira pas indemne de cette période, notamment les résidents des maisons de retraite, privés de tous leurs repères. Mais, tu l'as noté, il y a eu aussi des moments de solidarité, ce qui est réconfortant... GF

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